J'ai passé dix ans de ma vie avec le cou cassé. Sans le savoir.
À l'âge de cinq ans, je me fracture la deuxième vertèbre cervicale dans un module de jeu à Cowansville. Je porte un collet Philadelphie durant quelques mois et, au bout d'un an de suivi, on me déclare guéri. Dix ans plus tard, à quinze ans, je me casse le tibia et le péroné à cause d'un kyste osseux. J'avais un trou gros comme une balle de golf dans la jambe. Il faut m'opérer. Un orthopédiste de Granby m'explique le déroulement de l'opération et me demande, par acquit de conscience, si j'ai des antécédents médicaux en lien avec ma colonne vertébrale. Je lui raconte ma fracture à cinq ans. J'ajoute que cet accident n'a eu aucune conséquence sur ma vie (j'ai joué au soccer, au hockey, au basketball, au football, etc.). Le docteur m'envoie tout de même en radiographie : la vertèbre est encore fracturée. A-t-elle été cassée tout ce temps ? L'ai-je fracturée à nouveau sans m'en rendre compte ? On ne le saura jamais. Dans tous les cas, j'ai été à un faux mouvement de la mort. Pendant dix ans. Je suis une anomalie.
Pour illustrer la gravité de mon cas, le docteur me dit : " C'est comme si t'avais été dans un champ de mines pendant dix ans, et que tu faisais des pirouettes et des roues latérales, sans te douter de rien. " Ces paroles marquent mon esprit. Les infirmières me surnomment le miraculé. On m'opère d'urgence.
Depuis que je suis adulte, j'essaie d'écrire cette histoire, le récit de toutes les fois où j'ai frôlé la mort sans le savoir. Au début, c'était un livre pour enfants. Ça a été un roman d'aventure, rempli de cascades et d'explosions. C'est devenu ce livre sur les accidents du corps, sur la chance, et aussi sur ma famille et l'amour qui nous illumine.
- William S. Messier
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